Les Infiltrations du Genou

Principe d’Action

Les injections articulaires d’acide hyaluronique (AH) connaissent un grand succès, du fait de leur simplicité d’utilisation et de leur bonne tolérance. L’efficacité clinique est retardée de 2–4 semaines par rapport aux infiltrations cortisoniques, mais se prolonge pendant 6 voire 12 mois.

L’acide hyaluronique est l’un des principaux constituants du liquide articulaire. Il donne ses propriétés viscoélastiques au liquide synovial, lui permettant d’assurer ses fonctions de lubrifiant mécanique et d’amortisseur de chocs. Dans le liquide synovial des articulations atteintes d’arthrose, la viscosité et l’élasticité sont diminuées, car il y a moins d’acide hyaluronique. Ainsi, le poids moléculaire (PM) moyen, c’est-à-dire la longueur des chaînes d’AH, passe de 4–5 mD dans l’articulation saine, à 2–4 mD dans l’arthrose, et leur concentration est divisée par deux.

Injecter un AH exogène dans l’articulation vise non seulement à rétablir les propriétés mécaniques du cartilage et du liquide synovial, mais aussi à obtenir certains effets biologiques ; l’AH injecté est en effet capté par des récepteurs articulaires spécifiques, ce qui lui confère de nombreux effets bénéfiques : action anti-inflammatoire modérée, réduction de la production enzymatique induite par les cytokines, action anti-oxydante, action anabolisante sur le cartilage, action antalgique directe par masquage des nocicepteurs articulaires.

Des propriétés de visco-induction, c’est-à-dire de stimulation de la production d’AH endogène par les synoviocytes, pourraient expliquer l’efficacité prolongée de l’AH exogène injecté, alors que celui-ci a un temps de résidence articulaire court, puisque rapidement dégradé après son injection.

L’acide hyaluronique est produite de façon industrielle selon deux, par deux procédés

  • Extraction de crêtes de coq, après broyage, traitement chimique et purification.
  • Fermentation bactérienne : les filaments d’acide hyaluronique sont synthétisés par des bactéries génétiquement modifiées.

Indications

Il faut retenir que la viscosupplémentation est un traitement de fond de l’arthrose symptomatique modérée, et non celui d’une poussée arthrosique avec hydarthrose. Son utilisation dans la chondropathie du sportif est mal évaluée. Il n’y a pas de profil de réponse bien identifié pour la viscosupplémentation.

L’indication idéale au genou semble être l’arthrose du genou modérée sans épanchement. Dans l’arthrose de la hanche (coxarthrose), les résultats sont globalement décevants. Dans l’arthrose de l’épaule (omarthrose) avec ou sans rupture de coiffe et dans l’arthrose de cheville, les résultats sont encourageants.

Des travaux restent à réaliser pour déterminer notamment le profil des patients répondeurs et le meilleur schéma thérapeutique selon l’articulation.

Les injections d’acide hyaluronique ne permettent pas de guérir l’arthrose. Toutefois il est possible de contrôler sa symptomatologie. L’injection d’acide hyaluronique de synthèse dans l’articulation peut permettre de stimuler la production naturelle d’acide hyaluronique dans le liquide synovial. Les injections d’acide hyaluronique  peuvent  donc permettre de réduire  les symptômes de la maladie, dans le cadre d’une prise en charge globale de l’arthrose adaptée à chaque patient, couplant à la fois des traitements pharmacologiques, et  des  traitements  non pharmacologiques.

Ces injections d’acide hyaluronique  vous sont donc  prescrites en complément d’un traitement non médicamenteux dans le cas d’une arthrose sans épanchement.

En pratique, les injections d’acide hyaluronique vous ont été prescrites si les traitements antidouleur classiques n’ont pas eu d’effet ou si vous êtes intolérant  aux traitements  anti-inflammatoires proposés  en  premier lieu.

Les précautions à prendre avant et après une infiltration

  • Pas d’injection intra-articulaire sans radiographie de l’articulation à infiltrer.
  • Pas d’infiltration sans avoir éliminé une arthrite infectieuse, y compris tuberculeuse.
  • Pas d’infiltration pendant une infection en évolution (angine, bronchite, sinusite, etc.).
  • Certains s’assurent par une mesure préalable de la CRP ou des facteurs de la coagulation de l’absence de syndrome inflammatoire associé ou d’un risque hémorragique, cliniquement inattendu.
  • Peser les avantages chez les sujets à risques (diabète, sujets sous anticoagulants). Le traitement anticoagulant doit être adapté temporairement avant le geste.
  • En cas d’injection épidurale, l’arrêt préalable de la prise d’aspirine ou d’antiagrégants plaquettaires est conseillé.

Mesures d’asepsie stricte pour éviter l’infection :

Désinfection large de la surface cutanée autour du point d’injection préalablement marqué, point d’injection que l’opérateur ne touchera plus.

Désinfectant efficace, coloré (alcool iodé, BÉTADINE ) ou même incolore pourvu qu’il soit efficace (SEPTÉAL ou autres solutions de chlorhexidine à 0,5 %, etc. ; attention, certaines solutions dosées à 0,05 % sont insuffisantes).

 Désinfectant appliqué avec une compresse stérile.

Recommandations post-injection :

  • Les injections ne sont pas douloureuses , mais tout effort physique doit être évité pendant les 48h suivant l’injection.

  • Pour réduire la douleur et l’enflure, dans le domaine de l’injection, appliquer de la glace. Vous pouvez faire cela pour 15-20 minutes, quatre fois par jour, mais d’abord envelopper la glace dans une serviette. Ne pas l’appliquer directement sur la peau.
  • Après retour à la maison, vous avez besoin de voir un médecin, Si les symptômes suivants apparaissent:
    • Les signes d’une infection, y compris la fièvre et des frissons.
    • Rougeur, œdème, augmentation de la douleur, saignement ou décharge à partir du site d’injection.
    • Les signes d’une réaction allergique (par exemple,, urticaire, démangeaison, respiration laborieuse).
    • Douleur ou enflure dans l’articulation du genou.

Effets Secondaires

Gonflement du genou

Rares cas de réactions douloureuses locales avec gonflement du genou. Il est alors recommandé l’usage de la poche de glace après l’injection. Si ce gonflement persiste au-delà de 48 heures après l’injection, une ponction devra être réalisée.

Une réaction douloureuse :

La douleur dans les toutes premières heures suivant l’infiltration n’est pas exceptionnelle (10%) ; brève, elle ne dure guère plus de 48 h et ne s’accompagne pas de fièvre. Elle est le fait d’une réaction inflammatoire aux produits injectés sous forme de suspension de microcristaux de corticoïde.

Toute recrudescence douloureuse plus tardive, a fortiori en contexte fébrile, doit évoquer une arthrite septique, ce qui impose : d’abord une ponction articulaire, avec prélèvement du liquide pour culture, puis un traitement adapté rapide.

L’infection articulaire :

C’est une complication grave de l’injection articulaire des corticoïdes, elle expose à des séquelles fonctionnelles ; elle est généralement secondaire à une mauvaise asepsie pendant le geste d’infiltration. Elle doit être immédiatement recherchée en présence de douleurs et température avec sensation de mal-être 48 heures après une injection. Heureusement, cette complication est tout à fait exceptionnelle et facilement évitée par une bonne technique d’injection et une préparation parfaite de la peau.

Une atrophie de la peau

Elle est possible au lieu même de l’injection et semble le fait de certains produits ou d’injections répétées.

Choc anaphylactique

Cette situation, exceptionnelle mais potentiellement grave, est à traiter par :

  • Injection d’adrénaline, en SC ou en IM, à la face antéro-externe de la cuisse.
  • Oxygénothérapie
  • Appel au service d’urgence compétent.

Efficacité - Durée d’action

En combien de temps ce traitement peut-il me soulager ? Et pour quelle durée ?

Le traitement classique consiste soit en une mono injection, soit en 3 injections d’acide hyaluronique à une semaine d’intervalle.

Dès le 1er mois de traitement, les articulations pourraient être moins douloureuses et les effets thérapeutiques peuvent persister pendant plus d’une année après les injections.

Puis-je recommencer  ce traitement  à plusieurs reprises?

Si votre médecin estime que ce traitement est adapté à votre arthrose, il peut être renouvelé annuellement voir 2 fois par an.

Aidez à prévenir l’évolution de votre maladie

En agissant sur votre mode de vie

Perdre du poids et maintenir cette perte de poids dans la durée

L’obésité est un facteur défavorable, en particulier au niveau des genoux. La surcharge pondérale agit non seulement comme un stress mécanique, mais aussi comme un stress biologique au niveau des cellules qui composent le cartilage. La perte de poids améliore les symptômes de l’arthrose, et peut parfois éviter les interventions chirurgicales.

Faire de l’exercice, en l’adaptant  à ses  possibilités

L’activité physique permet d’entretenir ses muscles et de favoriser la mobilité et  la stabilité de son articulation. Vous devez aussi y associer des exercices d’étirement et de posture. Adaptez cette activité physique, en intensité, rythme et amplitude, aux capacités de votre articulation.

Demandez conseil à votre médecin ou votre kinésithérapeute.

Economiser son articulation

L’hygiène de vie, c’est l’adaptation du travail que l’on donne à son articulation en fonction de ses propres capacités. Il faut avant tout  éviter « le surmenage articulaire » et apprendre à connaître ses limites. Les aides techniques sont importantes : orthèse nocturne, appareils de contention, semelles orthopédiques, et surtout  canne  de marche.

Acupuncture

L’acupuncture pourrait avoir un effet bénéfique sur la douleur et sur les capacités fonctionnelles, sans effets secondaires.

Cure thermale

Les cures thermales  pourraient avoir un effet bénéfique et rendre service à bon nombre  de malades.

Modalités

Obtention

L’acide hyaluronique est délivré sur ordonnance de votre Rhumatologue ou Chirurgien Orthopédique ou Rééducateur Fonctionnel. Les prix sont variables d’un laboratoire à un autre, certains peuvent être commandés directement auprès du laboratoire, d’autres sont disponibles en pharmacie.

Remboursement

Toute forme d’injection d’acide hyaluronique, dans toute articulation, ne donne, en France, lieu à aucun remboursement par la sécurité sociale.

Tout ou une partie peut être est pris en charge par votre mutuelle ou complémentaire. Nous vous conseillons de la contacter pour connaître le niveau et les modalités de prise en charge (en précisant qu’il s’agit d’un dispositif médical dont le code de prise en charge est 103S08).

Paris, France, 3 avril 2017- Les injections intra-articulaires d’acide hyaluronique seront déremboursées à partir du 1er juin, selon un décret paru au Journal Officiel. Selon le gouvernement, ces solutions viscoélastiques présentent « un service rendu insuffisant pour leur maintien au remboursement. » malgré la protestation des médecins prescripteurs (rhumatologues, médecins rééducateurs, et chirurgiens orthopédistes).

Date de dernière modification: 13-06-2019