Recommendation Société Française de Chirurgie Orthopédique concernant Le risque tabagique en chirurgie orthopédique.

L’analyse de la littérature permet d’établir que 2 millions de patients fumeurs sont opérés tous les ans en France.

Dans le cadre d’une prise en charge chirurgicale, le tabagisme est responsable de complications générales et locales :

  • Sur un plan général : doublement du risque de transfert en réanimation, doublement ou triplement du risque infectieux, triplement du risque d’accident coronaire, allongement de la durée de séjour.
  • Sur un plan local : Le risque de complication locale au site opératoire est multiplié par 3. Complications de cicatrice, Risque de thrombose vasculaire, retard de consolidation osseuse, réintervention en chirurgie prothétique.

 Il apparaît nécessaire et utile de proposer aux chirurgiens orthopédistes une information et des solutions pour diminuer les risques post opératoires liés au tabac et améliorer ainsi la sécurité des patients tabagiques.

Quatres actions identifiées pour réduire le risque de complications post-opératoire liées au tabac:

1. IDENTIFIER en interrogeant les patients.

Il est recommandé d’intégrer systématiquement à l’interrogatoire pré opératoire la recherche d’un tabagisme. Cette notion devrait apparaître dans les dossiers au même titre que d’autres facteurs de risque.

2. EVALUER en mesurant le risque :

Apprécier la dépendance au tabac par l’échelle de Fagerström

Le test de Fagerström complet comporte six questions et permet de mesurer le
niveau de dépendance à la nicotine. Le test de Fagerström simplifié comporte deux questions et permet de mesurer le niveau de dépendance à la nicotine en moins d’une minute.

  • Score de 0 à 1 : le sujet n’est pas dépendant à la nicotine. Il peut arrêter de fumer sans avoir recours à des substituts nicotiniques. Si toutefois le sujet redoute cet arrêt, les professionnels de santé peuvent lui apporter des conseils utiles.
  • Score de 2 à 3 : le sujet est moyennement dépendant. L’utilisation des traitements pharmacologiques de substitution nicotiniques va augmenter ses chances de réussite. Le conseil du médecin ou du pharmacien sera utile pour l’aider à choisir la galénique le plus adapté à son cas.
  • Score de 4 à 6 : le sujet est fortement dépendant à la nicotine. L’utilisation de traitements pharmacologiques est recommandée (Traitement nicotinique de substitution ou bupropion L.P.). Ce traitement doit être utilisé à dose suffisante et adaptée.

Mesurer la quantité de cigarettes fumées en paquet année

On calcule le nombre de paquet-année en multipliant le nombre de paquets consommés par jour (en prenant pour référence un paquet de 20 cigarettes)par le nombre d’années où la personne a fumé cette quantité de paquets.

3. ATTENUER en agissant

Attention: Le conseil d’une simple réduction de la quantité de tabac fumé sans substitution nicotinique avant une intervention n’est pas recommandée.

Prise en charge du fumeur en chirurgie programmée.

Il est difficile de cesser de fumer afin d’interrompre l’intoxication en période péri-opératoire, mais cette période est considérée comme favorable à l’arrêt et doit être mise à profit pour tenter le sevrage tabagique dans les 6 semaines pré opératoires

Prise en charge Médicamenteuse :

La substitution nicotinique impose d’apprécier la quantité quotidienne de cigarettes consommées et de prescrire un patch adapté 7,14 ou 21 mg. La prescription associée de comprimés sublinguaux permet de gérer les envies compulsives. D’autres traitements sont possibles pour les fumeurs très dépendants (Fagerström> 7).

Prise en charge durant l’hospitalisation :

Les fumeurs hospitalisés en chirurgie doivent pouvoir bénéficier si nécessaire d’un traitement d’aide à l’arrêt. Il est possible de mettre en place une procédure de prescription de patchs dans les services chirurgicaux afin de pallier au syndrome de manque dans les heures suivant une prise en charge aigue.Dans les établissements de soins où il existe les moyens disponibles, un partenariat doit s’établir entre les services de chirurgie et d’anesthésie et les unités de tabacologie permettant une prise en charge rapide des fumeurs en pré opératoire et une meilleure formation des personnels soignants.

Traitement en post hospitalisation :

Il est souhaitable de proposer lors de la sortie, un suivi adapté pour palier au risque de reprise du tabagisme (courrier au médecin traitant spécifiant la prise en charge, orientation vers une consultation spécialisée) Il est également proposé de valider l’abstinence lors de toute consultation après la sortie de l’hospitalisation.

Clés du traitement :

La motivation du patient, la compétence du médecin, le renforcement psychocomportemental et le suivi dans la durée ainsi que le traitement médicamenteux par substituts nicotiniques constituent les critères-clés du succès du sevrage tabagique.

Prise en charge du fumeur en hospitalisation non programmée

L’arrêt du tabagisme de plus de 12 heures permet régulièrement l’élimination du CO accumulé par le fumeur devant être opéré en urgence et réduit le risque d’hypoxie. L’abstinence tabagique entraîne chez le fumeur dépendant, des signes de manque :
anxiété, agitation, irritabilité, besoin impérieux de fumer (craving des anglo-saxons) qui peuvent apparaître en quelques heures. Il est donc nécessaire de savoir reconnaître et de prendre en charge de façon optimale ces symptômes, susceptibles de compliquer la période péri-opératoire chez tout patient fumeur hospitalisé en urgence pour une intervention chirurgicale.
Peu d’études se sont attachées aux bénéfices des substituts nicotiniques dans le cadre d’une intervention chirurgicale non programmée, mais il semble que la substitution nicotinique temporaire présente un intérêt pratique pour prévenir et traiter le manque. C’est pourquoi la sensibilisation et l’implication des chirurgiens orthopédistes est souhaitable. Des recommandations de prise en charge du patient fumeur hospitalisé, doivent être à la disposition du personnel soignant des services de chirurgie, sachant qu’à l’heure actuelle les substituts nicotiniques sont trop peu utilisés dans les services hospitaliers.

4. PREVENIR en informant

Souligner l’importance de l’arrêt du tabac au fumeur en donnant une information claire sur le tabagisme et sur ses conséquences.
Proposer une aide thérapeutique.
Orienter le patient vers une consultation spécialisée de tabacologie. La liste des services et des compétences professionnelles est disponible sur le site : www.Tabac-info-service.fr, le numéro de téléphone national est le 0825 309 310.
Tracer dans le dossier du patient l’information et les actions mises en route.

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